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La publicité en ligne: limites et incompréhension

Dimanche 31 décembre 2006

Pour une grande majorité de sites web, la publicité est incontournable. Afficher de la publicité permet de générer du revenu, voire des profits. Et pour accroître ce revenu publicitaire, quoi de mieux que de développer le trafic?

En effet, accroître le trafic, et donc le sacro-saint volume de PAP, est considéré comme la façon la plus naturelle d’augmenter le revenu du site… Pourtant, il s’agit là d’une mauvaise façon de raisonner: les pages vues ne sont pas un indicateur fiable, et il ne faut pas se tromper de combat entre trafic et audience.

Les limites des indicateurs classiques

Nombreux sont les modèles économiques à être encore articulés sur l’augmentation des indicateurs publicitaires classiques, avec d’un côté l’augmentation du trafic, c’est-à-dire l’augmentation du nombre de pages vues (et donc des impressions publicitaires), et de l’autre côté, une hypothèse de stabilité (voire d’augmentation) du CPM. Cette logique amène de grands groupes soi-disant sérieux comme Yahoo! et Facebook à projeter une augmentation incroyable de l’usage, des pages vues, et des revenus:

En clair comment établir un plan de ROI à partir des revenus publicitaires sur une plateforme communautaire à la Myspace quand l’étiquette qui pendouille affiche 1,6 milliards? C’est finalement assez simple: on projette d’enregistrer 60% de la population estudiantine (Facebook, comme Myspace cible les étudiants et les jeunes adultes) d’ici 2010 à 2015, on affirme que 92% de ces nouveaux utilisateurs seront “actifs” et cracheront près de 1000 pages vues. On triture et on obtient plus de 270 milliards de pages vues (oui!) et on fait passer le CPM moyen de 0,25 $ en 2005 à plus de 5 $ en 2015.

L’exemple de Yahoo! et Facebook est choquant, mais il a le mérite de pousser la logique à l’extrême, et de faire réfléchir sur un modèle que la plupart des acteurs s’efforcent toujours de suivre: toujours plus de trafic, de pages vues, d’impressions publicitaires.

L’effet va certainement se poursuivre en s’accélérant, les sites 2.0 étant capables de générer des pages vues (et donc de l’inventaire publicitaire) à une vitesse incroyable, entraînant le CPM dans un abîme sans fin: 0,1$ pour MySpace, contre 2$ pour un grand portail généraliste comme Yahoo!, et 10 à 30$ pour les sites media; cf. les estimations compilées par Freddy Mini et Emmanuel Parody au mois d’avril dernier.

Les limites du marché publicitaire

A côté de cette spirale inflationniste des pages vues, il ne faut pas oublier certaines limites structurelles du marché publicitaire.

Tout d’abord, le fait que le nombre d’annonceurs est fini. Les budgets consacrés au web ont beau croître, l’explosion du nombre d’espaces publicitaires disponibles en ligne oblige les annonceurs à choisir les supports sur lesquels se placer. Mais cette explosion du nombre d’emplacement publicitaire ne doit pas faire croire que tous ces emplacements sont égaux. En effet, le volume a beau être très élevé, on assiste à une pénurie d’inventaire publicitaire… de qualité.

Et bien sûr, il faut prendre en compte la fragilité du marché publicitaire, première victime en cas de retournement de la conjoncture économique. Ce paramètre peut (doit!) refroidir bon nombre d’investisseurs quand la part du revenu assujettie à la publicité est trop grande.

Incompréhension trafic / audience

On comprend donc facilement que la problématique des annonceurs est de savoir quelle audience toucher pour que leur campagne ait le meilleur ROI, plutôt que de faire la course au volume d’impressions publicitaires. La télévision ne poursuit plus que marginalement le développement du nombre de spots ou d’emplacements publicitaires (tendance du moment: les séries, plus propices en insertion pub que les films). Les chaînes de TV s’efforcent plus d’attirer et de conserver des téléspectateurs, susceptibles d’attirer les budgets des annonceurs.

Sur le web raisonner sur le trafic plutôt que sur l’audience revient donc à prendre le problème à l’envers. Exemple avec le contenu généré par les utilisateurs (user-generated content): la plupart des sites essayent de l’incorporer car cela permet d’accroître de façon incroyable le nombre de pages vues. En effet, quoi de mieux que de laisser l’internaute s’exprimer pour qu’il affiche plus de pages? Pourtant, l’intérêt de l’UGC réside ailleurs: créer la différence, enrichir l’offre, et fidéliser les utilisateurs. Une audience qualifiée attirera les annonceurs; la génération de pages vues n’est qu’une conséquence annexe, et non le but à viser… cf. l’effondrement du CPM évoqué plus haut, avec un CPM moyen de 0,1$ pour MySpace, chantre du contenu généré par les utilisateurs.

La question n’est donc pas de multiplier les pages vues comme des petits pains, mais bien d’acquérir une audience fidèle et large, tout en essayant d’optimiser au maximum l’insertion publicitaire, afin de ne pas pénaliser l’usage.

Quant aux indicateurs, les taux de clics et l’usage réel sont bien plus honnêtes que le volume de pages vues et le trafic artificiellement généré par certaines formes de parcours client. Après tout, même Yahoo! commence à réfléchir à abandonner l’indicateur de pages vues, qui n’a plus grand sens à l’heure de nouvelles technologies comme l’AJAX.