Archives pour la catégorie 'web'

Vous parcourez en ce moment les archives du weblog kobaye.net pour la catégorie web.

Synthetic Worlds – Edward Castronova (1)

Dimanche 23 juillet 2006

Synthetic Worlds: The Business And Culture Of Online GamesDans Synthetic Worlds: The Business And Culture Of Online Games, Edward Castronova, présente la réalité de ce marché encore peu analysé: les jeux en ligne massivement multi-joueurs, et en particulier les jeux de rôles en ligne massivement multi-joueurs (MMORPG – Massively Multiplayer Online Role Playing Games).

La première partie du livre est consacrée à la présentation de ces univers synthétiques et de la vie quotidienne en leur sein, mais aussi (et surtout) à convaincre le lecteur de l’ampleur et de l’intérêt du phénomène.

En effet, pourquoi s’intéresser aux jeux en ligne, surtout quand on est économiste? Tout simplement parce qu’il s’agit d’un marché important, en forte croissance, et auxquelles de nombreuses personnes consacrent une part conséquente de leurs ressources, en particulier du temps et de l’argent: même avec les estimations les plus conservatrices, le marché a dépassé les 10 millions d’utilisateurs, et au moins 30 millions de dollars sont générés en échanges sur les places de marché en ligne (eBay, IGE, etc.) au moment du bouclage du livre, au deuxième semestre 2005. Un marché non négligeable et tout ce qu’il y a de plus réel. En effet, un nombre aussi conséquent de personnes permet de donner de la valeur aux objets issus de ces mondes, de la même façon que l’ensemble des personnes d’un ou plusieurs pays donnent leurs valeurs aux monnaies, selon les règles basiques de l’économie, notamment l’offre et la demande.

La première partie du livre se poursuit sur les descriptions de tout ce qui assure l’existence et le développement de ces univers: techniques informatiques à l’œuvre, sociétés et organisations générées par les utilisateurs, entreprises et marchés développant ces univers.

Après cette phase de présentations, Edward Castronova poursuit son exploration des univers synthétiques en s’attachant aux utilisateurs eux-mêmes et à leurs activités, ce qui lui permet au passage d’expliquer pourquoi il utilise le terme d’univers synthétiques à la place de jeux en ligne: d’une part, il y a d’autres univers synthétiques qui ne sont pas des jeux (Second Life, ou Habbo Hotel), et d’autre part, parce que le jeu n’est qu’une des composantes de ces univers, composante parfois minoritaire en comparaison des relations sociales tissées entre les utilisateurs.

En effet, en plus d’y consacrer du temps et de l’argent, les utilisateurs des univers synthétiques partagent un ensemble de concepts, valeurs, croyances et systèmes de pensées, ce qui renforce d’autant leur adhésion et l’intérêt qu’ils portent aux univers auxquels ils participent.

On a donc beaucoup de personnes présentes dans un même endroit au même moment, interagissant et participant à des activités communes: or, là où il y a des personnes, il y a société (interactions interpersonnelles, organisations de groupes, etc.), et économie (échanges de biens et services entre personnes au sein du même groupe, ou avec des groupes externes). On voit donc que les activités économiques et sociales sont profondément ancrées dans les univers synthétiques.

Dans la troisième et dernière partie du livre, Edward Castronova soulève des questions de prospectives intéressantes sur:

  • les utilisateurs: Jusqu’à combien de personnes le marché juteux des univers synthétiques peut-il attirer? Combien de temps sera consacré aux activités dans les univers synthétiques?
  • l’impact économique: Quelles activités, quelles valeurs générées, puis échangées dans l’économie classique? A terme, il est probable que les activités menées au sein de ces univers aient un impact négatif sur celles du monde physique: numériquement parlant, si les activités économiques continuent à se développer en intensité, en volume, et en nombre de personnes impliquées, alors il y aura de fait une baisse des activités économiques dans le monde physique (moins de temps/énergie/personnes y seront consacrées).
  • le contrôle et le pouvoir: Qui contrôlera ces univers? Leurs créateurs? Les intermédiaires d’échange de biens/services synthétiques contre des monnaies physiques? Les gouvernements s’impliqueront certainement, ne serait-ce que pour capter une partie de la valeur créée sous une forme ou une autre de taxation, et pour s’assurer qu’ils ont toujours la mainmise sur leurs administrés.

Synthetic Worlds: The Business And Culture Of Online Games, par Edward Castronova: un livre fascinant qui aborde les univers synthétiques sous les angles économiques et sociaux et montre à quel point ces univers prennent (et prendront) une importance croissante dans la vie de toujours plus de personnes.

Pour acheter ce livre sur amazon.fr, cliquez ici: Synthetic Worlds: The Business And Culture Of Online Games.

web 2.0: engouement vs. réalité économique

Vendredi 26 mai 2006

Dans son post « Is Web 2.0 bullshit? ou utilisez-vous vraiment les services web 2.0 ?« , Benoit Dausse montre la surconsommation de services en ligne de nouvelle génération (web 2.0), et (se) demande qui utilise réellement ces services, de façon régulière et assidue.

J’avais laissé quelques idées en commentaires à son post, que je reproduis et complète ci-dessous.

Au travers de son post, Benoit soulève plusieurs questions: quelle est l’utilisation réelle de ces services? Quelle est la base d’utilisateurs actifs? Quelle peut être la monétisation de ces services grâce à ces utilisateurs actifs?

Utilisation réelle de ces services:

Comme l’a dit Benoit, il y a un phénomène d’hyperconsommation étrange: “vite, un nouveau service vient d’être mis en ligne, il faut absolument que j’ouvre un compte dessus et que je le teste!”. Résultat des courses: on crée son portefeuille de valeurs sur Google Finance avec son fidèle compte Gmail, on commence à uploader des photos dans Riya après avoir attendu fébrilement l’ouverture de la version beta, mais une semaine après, on est retourné gérer son portefeuille chez son broker en ligne traditionnel, et on continue d’uploader ses photos sur Flickr.

Base d’utilisateurs actifs:

Du coup, comment faire face à ces comportements d’extrême volatilité des utilisateurs, entre l’effet de mode et le “hit & run”? Il s’agit là d’un des problèmes les plus difficiles pour ces nouvelles entreprises: s’assurer que les nouveaux utilisateurs soient fidélisés, et qu’ils reviennent fréquemment utiliser leurs services. Car sans utilisateurs actifs, point de notoriété, de trafic, et donc aucune perspective de revenus.

Les comptes gratuits, les possibilités de personnalisation et d’importation de données personnelles, les nouveaux gadgets techniques, est-ce que tout cela permettra d’éviter que les utilisateurs s’échappent dès que le service 2.0 suivant sera “ouvert” (en beta, bien entendu) ?
A ce sujet, je vous encourage à lire cette étude de Nieslen//NetRatings publiée le 11 mai 2006, à propos des sites de réseaux sociaux (MySpace & Cie):
Social Networking Sites Grow 47 Percent, Year Over Year, Reaching 45 Percent of Web Users

« However, while these sites have seen explosive growth over the past 12 months, this is a fickle youth audience, and the masses that have rushed to these sites, could turn their attention elsewhere. The question that remains is ‘how strong are the social networks that consumers are building on these sites?' »

Monétisation de ces services:

On a donc des services qui sont très visités mais potentiellement très peu consommés, et dont les utilisateurs peuvent s’échapper vers la dernière nouveauté à tout instant. Dès lors, comment monétiser ces services? Comment les entreprises à l’origine de ces services peuvent-elles générer du chiffre d’affaire et faire gagner leur vie à leurs salariés / actionnaires?

En effet, ces services sont la plupart du temps issus d’entreprises “mono produit”, dont la survie dépend de l’utilisation continue du service par une basse d’utilisateurs croissante et fidèle, afin de croître, et de développer un modèle d’abonnement premium/payant… ce sur quoi j’ai de plus en plus de doutes. Le principal modèle économique de ces entreprises repose-t-il sur l’effet de démonstration / tour de force technologique, afin de valoriser la société et la revendre ensuite, charge au repreneur de trouver un modèle économique rentable pour le(s) service(s)?

Flickr est en ce sens un bon exemple, car je ne suis pas convaincu que la base d’abonnés “pro” (payants) suffise à dégager un bénéfice sur ce produit. Yahoo! a en partie acheté Flickr pour l’insérer à son portail et à ses différents services; exemple: possibilité de poster ses albums de voyage dans la chaîne Yahoo! Travel. Au delà de la valeur intrinsèque du produit, ce sont les possibilités de synergie avec les autres services Yahoo! qui ont permis à ce rachat de se concrétiser. Yahoo! accepte que le service Flickr provoque une augmentation de ses coûts, notamment en terme de stockage et de bande passante, car, dans une perspective globale, la valeur apportée aux autres services Yahoo! est suffisante pour développer les usages et la fidélisation.

De plus, Yahoo est une entreprise cotée, qui doit rendre des comptes et promettre de l’innovation et des perspectives de croissance: elle est en permanence à la recherche de possibilité de croissance, interne comme externe. Intégrer une société ou un service qui a le vent en poupe ne peut que faire du bien au cours de l’action (remember del.icio.us, ou Skype avalé par eBay); il ne reste plus qu’à espérer que le service puisse bien s’intégrer à l’écosystème de la maison mère (vrai pour Flickr et Yahoo, pas évident pour Skype et eBay).

Tout ça pour dire qu’à l’arrivée, peu de ces services survivront, et donc peu d’entreprises, faute de modèle économique rentable (si ce n’est la perspective de revente). Dans tous les cas, le succès dépendra de la capacité du produit/service à être innovant et à générer de la valeur perçue par ses utilisateurs, et non d’un sticker “beta web 2.0 – venez chez moi tout est gratuit c’est trop génial”.
Comme l’a bien dit Joël Ronez: seuil de saturation 2.0 atteint.

The Search – John Battelle

Dimanche 8 janvier 2006

The Search: How Google and Its Rivals Rewrote the Rules of Business and Transformed Our CultureJohn Battelle, co-fondateur de Wired, présente l’univers du search, des moteurs de recherche et des liens sponsorisés dans son livre: The Search: How Google and Its Rivals Rewrote the Rules of Business and Transformed Our Culture.

Qu’est-ce que le search? Comment fonctionnent les moteurs de recherche? Quels en sont les enjeux, les grandes découvertes, et les nouvelles perspectives? Une grande part du livre est consacrée à l’histoire déjà riche des moteurs de recherche et permet d’avoir une perspective historique globale, à la fois sur les moteurs de recherche et sur leur monétisation.

Sur les moteurs de recherche: de Gopher à Google, en passant par Altavista, John Battelle explique le fonctionnement général des moteurs de recherche, les différents concepts permettant de trouver les pages sur le net, les indexer, et les trier de façon pertinente. Sont également évoquées les problématiques techniques, notamment les (immenses) ressources nécessaires à un moteur de recherche de qualité, capable d’indexer et de trier une gigantesque quantité de documents, tout en assurant une fraîcheur de l’information suffisante aux nombreux internautes effectuant leurs recherches en ligne.

L’auteur montre également que malgré les progrès accomplis, les moteurs de recherche restent encore très limités: une grande majorité des utilisateurs trouvent que les moteurs répondent mal à leurs requêtes, et les contenus indexés se limitent essentiellement au texte (un peu d’images, et à peine de la vidéo et de l’audio). Il y a donc encore énormément de potentiel de développement pour les acteurs existants et pour de nouveaux entrants.

Sur la monétisation: John Battelle présente un aspect moins connu du monde des moteurs de recherche: leur monétisation et la génération de revenus, afin de supporter les coûts faramineux, et bien sûr d’en faire des entreprises profitables. Ainsi, après avoir évoqué les modèles traditionnels de publicité et de référencement payant, l’auteur présente la genèse et le développement du modèle du CPC avec les liens sponsorisés. De GoTo à Google, il présente les différentes stratégies qui ont permis d’affiner et d’imposer ce modèle comme le facteur de succès incontournable des moteurs de recherche (>99% des revenus de Google proviennent de ces liens sponsorisés).

Le succès et l’excellente performance des liens sponsorisés s’expliquent par le fait que la publicité est ciblée en fonction de l’intention de l’utilisateur. L’utilisateur fournit un ensemble de mots-clés qui décrivent plus ou moins bien ce qu’il cherche, et donc ce qu’il a envie d’obtenir; charge au moteur de comprendre cette intention et d’afficher des publicités correspondant à ce contexte. Par exemple, si une personne tape “billet avion paris madrid”, le moteur proposera non seulement des publicités pour des voyagistes (moyennement intéressantes), mais surtout des publicités ciblées pour des offres de billets d’avion de Paris à Madrid (très intéressantes et pertinentes). Cette offre publicitaire est légitime et normale dans le contexte décrit par la requête de l’utilisateur, elle répond parfaitement à son attente: il cliquera dessus.

Ce concept de publicité contextualisée et de publicité à la performance a été inventé par Bill Gross, fondateur d’IdeaLabs, dont a été issu GoTo, qui devint Overture, avant d’être racheté en 2003 par Yahoo! pour 1,63 milliard de dollars et renommé en Yahoo! Search Marketing. Google n’a donc pas inventé ce concept, bien qu’il l’ait incroyablement développé, et a préféré s’entendre avec Yahoo! en lui cédant 2,7 millions d’actions avant son introduction en bourse afin de clore les poursuites et de continuer à utiliser la juteuse technologie des liens sponsorisés (l’introduction en bourse de Google s’est faite à environ 106$ l’action).

John Battelle aborde également l’aventure Google en détail, mais sans se restreindre à une simple énumération des succès de l’entreprise: il explique en détail le contexte dans lequel Google est né, comment Larry Page et Sergey Brin ont fait naître puis développé le moteur de recherche, avant de passer à une stratégie plus “big company” en accueillant Eric Schmidt, afin de transformer ce projet de moteur de recherche en entreprise à succès qui gagne des milliards, tout en affinant sans cesse le moteur et en développant de nouveaux services.

Enfin, John Battelle fait quelques projections afin d’imaginer comment le search peut se développer sur d’autres supports. Le concept de recherche (et de publicité contextualisée…) peut se déployer partout, car il s’agit avant tout d’une fonctionnalité permettant d’atteindre de l’information, à l’image du sommaire d’un livre, et non d’un service en soi.

Pour illustrer les possibilités futures, l’auteur prend l’exemple de la télévision: un jeune père de famille est en train de consulter l’EPG de son fournisseur de télévision afin de trouver les émissions qui peuvent l’intéresser et l’aider dans ses nouvelles responsabilités. Pour ce faire, il saisit les mots-clés “poussette” ou “couche” dans le moteur de recherche intégré. L’affichage de publicités pour ces produits (ou pour des programmes présentant ces produits) est à la fois logique, utile pour l’utilisateur, et efficace pour l’annonceur, le support, et le fournisseur de technologie de publicité.

Ces évolutions technologiques et les changements d’usage qu’elles provoquent sur les consommateurs représentent de belles perspectives pour moteurs de recherche, et un grand défi pour l’industrie de la publicité, qui doit se réinventer afin d’intégrer cette nouvelle donne.

The Search: How Google and Its Rivals Rewrote the Rules of Business and Transformed Our Culture, par John Battelle: un livre captivant sur un univers que tout internaute côtoie au quotidien sans forcément en comprendre toutes les problématiques ni tous les enjeux.

Pour acheter ce livre sur amazon.fr, cliquez ici: The Search: How Google and Its Rivals Rewrote the Rules of Business and Transformed Our Culture.

web 2.0 et beta-services: vers la disparition des services finalises?

Jeudi 17 novembre 2005

Le web 2.0 est-il incapable de sortir un service en version 1.0?
Y a-t-il un paradoxe du web 2.0, celui de sortir tous les services en “beta”?

Ce courant existe-t-il uniquement pour profiter de l’engouement des acteurs majeurs pour les services “beta” (Google, Yahoo, MSN, Flickr, etc.), les services “beta” étant les fils naturels du concept des Google Labs?

L’idée est-elle de profiter ainsi de l’attrait des journalistes et newsers de tous bords pour ce terme, et ainsi de s’assurer une couverture médiatique rapide et à peu de frais? Est-ce une tentative de rentabiliser les investissements le plus tôt possible, en ouvrant et en assurant la promotion de services non finalisés, mais globalement fonctionnels à au moins 80%? Une conséquence de la complexité croissante des projets informatiques, toujours plus longs à réaliser, débugger et finaliser?

Le web, c’est la solution miracle pour ne jamais “finir” un produit ou un service, en perpétuelle ‘amélioration’.

Concept attrayant, mais au final, le ressenti de l’utilisateur est le suivant: le produit ou service n’est jamais finalisé. Cela n’est pas propre aux services web purs: les mêmes phénomènes sont apparus dans l’industrie du jeu vidéo, avec le concept de v1.0 bugguée nécessitant dorénavant le téléchargement systématique de patch(s) correcteur(s) -quand il ne s’agit pas de passages entiers du jeu qui n’ont pu être bouclés pour la sortie du jeu-.

L’utilisateur n’a plus de produit fini et final, mais un service en constante évolution, toujours possible à marketer et à vendre par petits bouts successifs, permettant d’obtenir une flux de revenus continu, même de faible niveau unitaire.

Ce phénomène s’étend dans des domaines toujours plus nombreux: jeux vidéos loués à la durée, jeux vidéos vendus par épisodes, et, en sortant de l’univers informatique, on peut faire le parallèle avec l’automobile, qui n’est plus le secteur de la vente de véhicules, mais bien celui de la vente de prestations de mobilité. Après tout, quand on peut ‘louer’ une voiture en leasing, pourquoi l’acheter et subir les conséquences directes de l’obsolescence?

La visibilité conditionne l’existence

Dimanche 30 octobre 2005

Lu sur InternetActu: « Le web : hégémonie de l’amateurisme »

L’article et les commentaires associés sont très intéressants de par la reflexion qu’ils imposent, à savoir la nécessité de prendre du recul sur les engouements actuels pour les « nouveaux » services en ligne de publication et d’accès aux informations, collaboratifs et gratuits. En effet, la priorité va assez naturellement à la simplicité d’accès et à l’opinion prédominante; il faut donc garder à l’esprit les biais que cela peut avoir (imprécisions, lieux communs, ethno-centrisme, nivellement, etc.).

Plutôt que de refaire ici la discussion qui a lieu sur la page d’InternetActu, voici une réflexion du même type que je m’étais faite vis-à-vis des services en ligne diffusant ou permettant l’accès à l’information: la masse l’emporte toujours.

Exemple: depuis maintenant quelques années, tout le monde dit « Google, c’est SUPER!« . Comme moteur de recherche web, c’est incontestable. Cependant, personne ne se demande où Google va en tant qu’entreprise, quels sont les objectifs technologiques et financiers, quel impact cette entreprise et sa vision peut avoir, etc.

Un article lu en décembre 2003 (impossible de remettre la main dessus) m’a fait prendre conscience d’un point important à propos de Google: un chercheur américain expliquait qu’il s’était fait prendre à parti dans une émission de radio, l’animateur lui assénant: « De toute façon, l’article dont vous parlez n’existe pas, je n’ai pas réussi à le trouver sur Google. »

L’animateur considérait que ce qui n’est pas accessible via Google n’existe pas. Sans même parler des différences de fonctionnement entre les nombreux moteurs de recherche et le fait que Google n’indexe pas (encore) tout ce qui existe en ligne, il apparaît de moins en moins aux utilisateurs qu’un document puisse ne pas être sur un espace public en ligne, ou n’existe que sous forme papier…

Concept simple à appréhender mais difficile à accepter: la visibilité conditionne l’existence.

Sans visibilité dans un media de masse, ou sans accessibilité ultra simple sur le net, on n’existe pas. L’importance de la qualité est marginale pour atteindre un niveau élévé de visibilité.

N.B. Certes, la Wikipedia est de bonne qualité, et a un niveau de notoriété important pour les utilisateurs en ligne. On est cependant toujours très loin du niveau de notoriété de la télé-réalité…

services en ligne: prix, coûts et valeur perçue

Dimanche 11 septembre 2005

Tous les ans, quand il s’agit de renouveler mes noms de domaines et hébergements en ligne, je me fais les mêmes réflexions : pourquoi est-ce que je paie? Et surtout, pourquoi est-ce que je paie ces montants?

Les noms de domaine étant purement dématérialisés, et les coûts techniques limités (environ $0,30 en 1999), comment expliquer qu’on paie entre 6 et 14 euros par an? Laurent Chemla, un des fondateurs de Gandi, attaquait de façon encore plus directe dans son texte « Confessions d’un voleur » :

« Je suis un voleur. Je vends des noms de domaine. Je gagne beaucoup d’argent en vendant à un public qui n’y comprend rien une simple manipulation informatique qui consiste à ajouter une ligne dans une base de données. Et je vais gagner bien davantage encore quand, la pénurie artificielle ayant atteint son but, le commerce mondial décidera d’ouvrir quelques nouveaux TLD qui attireront tous ceux qui ont raté le virage du.com et qui ne voudront pas rater le virage suivant. »

Cependant, dans son analyse, il ne se place que du côté de la valeur technique des noms de domaine et des coûts associés. On peut au passage voir un parallèle avec le paradoxe de l’eau et du diamant :

Au sujet de la distinction entre valeur d’échange et valeur d’usage, [Adam] Smith constate : « Il n’y a rien de plus utile que l’eau, mais elle ne peut presque rien acheter; à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n’a presque aucune valeur quant à l’usage, mais on trouvera fréquemment à l’échanger contre une très grande quantité d’autres marchandises. »

La réponse tient à l’abondance relative de l’eau par rapport au diamant, et à la difficulté d’extraction du diamant bien plus grande que celle de l’eau : un désir d’eau pourra être satisfait avec peu d’argent, un désir de diamant coûtera très cher.

Le prix de vente d’un objet dépend du désir de son acheteur et de la difficulté qu’il a à se le procurer. Peu importe le travail qu’il a fallu au vendeur d’un produit ou service pour le fabriquer ou l’acheter.

Les utilisateurs des noms de domaines voient donc essentiellement le côté utile : un nom de domaine leur donne de la visibilité en ligne, leur permet de créer un site web et de lui donner une adresse, etc. Ils jugent la valeur d’utilité que leur apporte ce service, et sont donc prêts à payer une somme en conséquence, même si cette somme dépasse de beaucoup les coûts.

services en ligne et marges générées

On se retrouve dans une situation où les marges peuvent être particulièrement importantes, notamment dans les noms de domaine, mais aussi dans un grand nombre de services en ligne, produits essentiellement dématérialisés. On peut donc légitimement penser qu’il s’agit là d’un vivier de bonnes opportunités!

Bien entendu, il est évident que la situation n’est pas aussi simple, surtout après l’explosion de la bulle: les entreprises ont bien compris qu’il ne suffit pas de développer un service un minimum utile, puis de facturer aux consommateurs… Le marché évolue, et tant qu’il y a de fortes opportunités, il y a de nouveaux acteurs qui entrent sur ce marché. De plus, les acteurs, nouveaux comme anciens, ne se contentent pas de dupliquer ce qui existe déjà, mais proposent des produits ou services toujours plus évolués.

Illustration avec les FAI en France: Jusqu’à l’ouverture de l’ADSL à la concurrence (2002), on avait un marché de l’accès à internet relativement structuré, avec des marges élevées, même si les entreprises n’étaient pas forcément rentables. Or, un des acteurs (Free) a pu déstabiliser le marché en décidant de baisser ses prix au plus près de ses coûts, diminuant ainsi sa marge, mais cela lui a permis de conquérir des abonnés en masse. En parallèle, il a également développer la valeur de ses produits, en innovant à coup de freebox, d’hébergement de pages persos plus large et plus complet, de VoIP, etc.

Cette double évolution -baisse des prix et amélioration technologique- a obligé tous les acteurs du marché à se remettre en question : soit en innovant et en offrant des services avec une valeur perçue plus élevée : VoIP, stockage en ligne, TV par ADSL, etc. (Neuf a été un des plus réactifs et le seul qui semble actuellement capable de rivaliser avec la surenchère technologique de Free), soit en baissant les prix pour s’aligner (la grande majorité des autres acteurs).

Dans les noms de domaine, on a également traversé ces différentes phases : Gandi était le moins cher, à l’époque où il y avait peu d’acteurs, surtout français, et où le marché mondial était encore fortement contrôlé par le couple Verisign / Networks Solutions; aujourd’hui, des concurrents comme OVH ou 1and1 ont à leur tour grandement bousculé le marché en baissant leurs prix et en augmentant les services offerts; résultat : Gandi est maintenant à son tour dépositionné.

Certes, les blocages au sein de l’équipe dirigeante historique peuvent expliquer en grande partie cette non-évolution de l’offre. Le rachat de Gandi par Stephan Ramoin et son équipe débouchera-t-il sur une baisse des prix, une évolution de l’offre de services, ou bien les deux?

Quoi qu’il en soit, je continue de payer pour le renouvellement de mes nom de domaines, et je suis toujours chez Gandi, car le service qui m’est rendu me satisfait pleinement, et je trouve que son utilité vaut largement les 14,35 € TTC / an! :-)

We The Media – Dan Gillmor

Dimanche 22 mai 2005

We the Media: Grassroots Journalism By The People, For the PeopleDans We the Media: Grassroots Journalism By The People, For the People, Dan Gillmor, éditorialiste au San Jose Mercury News et fondateur de Bayosphere, décrit les évolutions structurantes que le web imposent aux médias traditionnels et aux institutions, notamment par la prise de parole publique que tout un chacun obtient grâce aux outils de blogging. Le « public » devient partie prenante de la conversation.

Après une présentation de l’évolution historique des médias et de la liberté de la presse, Dan Gillmor s’attache à démontrer en quoi l’arrivée du web est une innovation disruptive dans le monde des médias. En effet, pour la première fois, on a un média qui est par essence ouvert à tout un chacun, pour peu que l’on soit connecté. On a donc vu de plus en plus de particuliers, de consommateurs, d’utilisateurs de services, de citoyens, bref, de gens, s’approprier les différents outils pour prendre la parole en ligne. Avec l’arrivée des solutions de blogging, le phénomène s’est amplifié, en permettant aux personnes de s’affranchir des contraintes techniques et en leur donnant la possibilité d’avoir un espace en ligne pour quasiment rien. L’auteur présente les impacts sur les entreprises, les médias, et la vie publique.

Impacts sur les entreprises: les entreprises peuvent utiliser ces outils de communication, à la fois pour présenter leurs produits ou leurs services, mais aussi pour offrir aux consommateurs un espace de discussion et de feedback. Elles peuvent aussi, grâce aux TIC, améliorer leurs produits en collaboration avec des consommateurs experts. Cela les oblige à plus de transparence et d’honnêteté, mais une fois la tour d’ivoire ouverte, l’impact sur l’image de marque et les produits peut se révéler très fort. A l’inverse, ne pas prendre en compte les remontées des utilisateurs d’un produit peut augmenter la grogne de ces consommateurs, dont l’opinion négative sera plus facilement diffusée auprès du public, aussi bien par le net que par les autres médias.

Impacts sur les médias: les grands médias n’ont plus nécessairement le monopole de l’information, à la fois pour l’obtenir et pour la publier. Des individus peuvent non seulement obtenir mais surtout diffuser une information avant que les grands réseaux de radio ou de télévision, sans parler de la presse, dans laquelle Dan Gillmor voit plus un rôle d’organisme de surveillance (watchdog) que de relais d’information chaude (hot news). D’ailleurs, les journalistes professionnels se mettent à utiliser ces nouvelles formes de communication, à la fois pour être informés plus rapidement, mais aussi pour discuter et échanger.

Impacts sur la vie publique: le net, en permettant à chacun de prendre la parole, permet le développement d’échanges forts au sein des différentes communautés. On voit donc apparaître une forme de journalisme collaboratif, citoyen, dans lequel les membres d’un groupe font leur propre media. A l’échelle d’un pays, on peut ainsi voir émerger un organisme collaboratif capable de rivaliser avec les plus grands groupes professionnels: un grand nombre d’observateurs estime qu’en 2002, le site coréen OhMyNews a permis au réformiste Roh Moo Hyun de gagner les élections présidentielles en Corée du Sud. Au contraire des trois principaux quotidiens, qui avaient tous de forts liens avec le gouvernement précédent, OhMyNews est un journal collaboratif écrit essentiellement par ses lecteurs, et dont le ton plus critique a attiré un nombre impressionnant de lecteurs. Sur la même tendance, le candidat à l’élection présidentielle US de fin 2002 Howard Dean a bénéficié d’un incroyable soutien en ligne, a récolté la plupart de ses dons sur le net, et a mené une grande partie de sa campagne en ligne. Même s’il n’a pas gagné l’élection, tous les observateurs sont d’accord pour dire que le net joue un rôle croissant dans les campagnes politiques et sera au coeur des prochaines élections américaines de fin 2006.

Le net en général, et les technologies de publication de type weblog en particulier, remettent en cause un grand nombre de concepts de communication jusque là bien établis: qu’il s’agisse de la façon dont les entreprises communiquent (ou non) avec leurs consommateurs, des méthodes éditoriales et économiques des grands médias, ou de la gestion de vie publique et politique, tout un chacun peut désormais intervenir et faire peser sa voix dans la balance.

Derrière ces concepts de remise en cause et de transparence, on sent la bonne volonté de Dan Gillmor de pousser l’action de chacun en ligne, afin de s’investir dans la vie politique, économique et sociale. On comprend également que ce livre lui permet de présenter les concepts qui l’ont amené à créer Bayosphere, et sa volonté de pousser le journalisme citoyen (ou journalisme collaboratif). Néanmoins, tout le monde n’est pas journaliste, écrire nécessite un minimum de compétences (voire de talent), et s’impliquer coûte du temps et de l’énergie. Je suis donc curieux de voir comment le projet Bayosphere évoluera, de même que les initiatives dans les autres pays.

We the Media: Grassroots Journalism By The People, For the People, par Dan Gillmor: un livre intelligent qui présente les impacts du web sur les médias, les entreprises et la vie publique. Il est néanmoins très centré sur les Etats-Unis, et je suis curieux de voir comment les autres pays vont évoluer.

Pour acheter ce livre sur amazon.fr, cliquez ici: We the Media: Grassroots Journalism By The People, For the People.